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Parallele worlds

Parallele worlds

Frédéric Debussche
décembre 2015

Les photographies de Pierre-Yves Brest sont profondément ancrées sur le territoire boulonnais, sa culture, son patrimoine. L’auteur présente lui-même dans un texte l’importance de ce lien avec l’histoire. Pour autant, les images ne sont pas d’ordre documentaire ; la ville, bien que sujet de ce travail, apparaît à peine. Rien ne révèle réellement ses monuments, ses espaces urbains, ses activités. Le photographe procède par allusion, référence, citation, au premier ou au second degré, par le cadrage serré, le détail, et finalement par ce qu’il ne montre pas. La série, sur le fond et dans la forme, fait écho au film d’Alain Resnais, Muriel ou le temps d’un retour, tourné à Boulogne à la fin de l’année 1962. Écrit avec l’homme de lettres Jean Cayrol, le scénario, sur fond de guerre d’Algérie, fonctionne lui-même en étroite correspondance avec la ville, métaphore des personnages en proie à des questions de mémoire, de traumatisme, de difficile reconstruction : « J’ai situé l’histoire à Boulogne, disait Jean Cayrol, malgré les réticences de Resnais, parce que Boulogne est aussi une ville après le drame. Il y a deux villes, l’ancienne, que la guerre a épargnée, et la ville reconstruite, dont les vieux Boulonnais ne reconnaissent pas la topographie ». Tout se joue dans ce va-et-vient entre passé et présent. Le présent, c’est la ville moderne, symbolisée par ses 4 « buildings » face au port   [...]   Les buildings deviennent dans le projet de Pierre-Yves Brest, un élément visuel récurrent, présent et hors champ. C’est aux abords de ces tours, que le photographe tel un autre Philip Lorca diCorcia, se poste, « streetwork » captant sur ce fond discret d’architecture moderne, les « têtes » anonymes de passants boulonnais d’aujourd’hui ; visages auxquels répondent les masques d’Alaska du musée ou les statues de l’espace urbain, témoins figés d’une autre culture, d’un autre temps. Même la trame régulière d’un parement, une persienne, une vitrine, une affiche, semblent répéter la puissance oblique et insistante des 4 tours de Pierre Vivien. Celles-ci sont aussi l’image d’une modernité datée que renvoient des cartes postales anciennes, contemporaines du film de Resnais, que Pierre-Yves Brest, tel un autre Mathieu Pernot, se réapproprie. Le Meilleur des mondes.

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Frédéric Debussche
décembre 2015

Les photographies de Pierre-Yves Brest sont profondément ancrées sur le territoire boulonnais, sa culture, son patrimoine. L’auteur présente lui-même dans un texte l’importance de ce lien avec l’histoire. Pour autant, les images ne sont pas d’ordre documentaire ; la ville, bien que sujet de ce travail, apparaît à peine. Rien ne révèle réellement ses monuments, ses espaces urbains, ses activités. Le photographe procède par allusion, référence, citation, au premier ou au second degré, par le cadrage serré, le détail, et finalement par ce qu’il ne montre pas. La série, sur le fond et dans la forme, fait écho au film d’Alain Resnais, Muriel ou le temps d’un retour, tourné à Boulogne à la fin de l’année 1962. Écrit avec l’homme de lettres Jean Cayrol, le scénario, sur fond de guerre d’Algérie, fonctionne lui-même en étroite correspondance avec la ville, métaphore des personnages en proie à des questions de mémoire, de traumatisme, de difficile reconstruction : « J’ai situé l’histoire à Boulogne, disait Jean Cayrol, malgré les réticences de Resnais, parce que Boulogne est aussi une ville après le drame. Il y a deux villes, l’ancienne, que la guerre a épargnée, et la ville reconstruite, dont les vieux Boulonnais ne reconnaissent pas la topographie ». Tout se joue dans ce va-et-vient entre passé et présent. Le présent, c’est la ville moderne, symbolisée par ses 4 « buildings » face au port   [...]   Les buildings deviennent dans le projet de Pierre-Yves Brest, un élément visuel récurrent, présent et hors champ. C’est aux abords de ces tours, que le photographe tel un autre Philip Lorca diCorcia, se poste, « streetwork » captant sur ce fond discret d’architecture moderne, les « têtes » anonymes de passants boulonnais d’aujourd’hui ; visages auxquels répondent les masques d’Alaska du musée ou les statues de l’espace urbain, témoins figés d’une autre culture, d’un autre temps. Même la trame régulière d’un parement, une persienne, une vitrine, une affiche, semblent répéter la puissance oblique et insistante des 4 tours de Pierre Vivien. Celles-ci sont aussi l’image d’une modernité datée que renvoient des cartes postales anciennes, contemporaines du film de Resnais, que Pierre-Yves Brest, tel un autre Mathieu Pernot, se réapproprie. Le Meilleur des mondes.

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