Pour accéder à toutes les fonctionnalités de ce site, vous devez activer JavaScript. Voici les instructions pour activer JavaScript dans votre navigateur Web.
Belvédère pour un homme sans parachute

Belvédère pour un homme sans parachute

Christophe Berthoud
2005

Texte du catalogue d'exposition "Au bord du paysage"

 

Qu’est-ce qu’un point de vue, si ce n’est – peut-être – l’expérience individuelle d’une construction collective qu’on appelle le paysage ? On ne refera pas ici l’historique d’une perception de la nature comme entité regardable et non plus seulement exploitable, hostile ou nourricière. Force est de constater pourtant qu’avec "Belvédère" Pierre-Yves Brest nous incite à nous interroger sur le caractère "spontané" des élans qui nous portent à aimer les lointains, à embrasser l’horizon, à goûter les reliefs. 

Posé en léger retrait du GR 30, l’architecture cubique de l’artiste est une halte proposée au randonneur à cet endroit où, après s’être progressivement élevé en marchant depuis la ferme de la famille Bellonte, il découvre dans toute sa majesté la chaîne des Puys. Quelques mètres lui suffiront pour pénétrer dans cet habitacle. Il y trouvera un miroir et, en vis à vis, ouvrant sur la chaîne du Sancy, une immense photographie tirée sur un support transparent représentant le site et réalisée par Pierre-Yves Brest six mois auparavant. 

Soudain isolé de l’environnement, le randonneur retrouve sous une forme bidimensionnelle le panorama dont il vient de s’abstraire : autrement dit le paysage y est, au sens littéral du terme, encadré, et, passé le seuil, le visiteur se fait spectateur. Par cette mise à distance subtile parce que partielle, le dispositif de superposition imaginé par l’artiste met à jour la relation que nous entretenons avec le territoire dès lors que nos déplacements s’y conjuguent aux loisirs et plus précisément à la promenade : le plaisir de "marcher dans le tableau".

Car qu’est-ce qu’un parc – fût-il qualifié de "naturel" – si ce n’est le lieu où l’homme exerce un jugement d’esthète, une représentation culturelle ? Parce que notre imaginaire évolue moins vite que nos modes de vie, nous aimons y reconnaître en effet ce que plusieurs siècles de peinture, de dessin, de gravure, de poésie et de récits de voyage ont façonné, c’est-à-dire une sensibilité à des motifs pittoresques, des archétypes qui ont très consciemment déterminé le lieu où l’artiste a posé le trépied de son appareil : l’éperon rocheux, le vallon, la ruine médiévale, etc.

Indéniablement ce "belvédère" a une dimension didactique. Mais, plus encore, il est un prisme où joue la réflexion, où les reflets se mêlent aux références, où nous cédons aux vertiges de la mise en abîme ; une “table de désorientation” en somme.

Belvédère pour un homme sans parachute

Belvédère pour un homme sans parachute

Christophe Berthoud
2005

Texte du catalogue d'exposition "Au bord du paysage"

 

Qu’est-ce qu’un point de vue, si ce n’est – peut-être – l’expérience individuelle d’une construction collective qu’on appelle le paysage ? On ne refera pas ici l’historique d’une perception de la nature comme entité regardable et non plus seulement exploitable, hostile ou nourricière. Force est de constater pourtant qu’avec "Belvédère" Pierre-Yves Brest nous incite à nous interroger sur le caractère "spontané" des élans qui nous portent à aimer les lointains, à embrasser l’horizon, à goûter les reliefs. 

Posé en léger retrait du GR 30, l’architecture cubique de l’artiste est une halte proposée au randonneur à cet endroit où, après s’être progressivement élevé en marchant depuis la ferme de la famille Bellonte, il découvre dans toute sa majesté la chaîne des Puys. Quelques mètres lui suffiront pour pénétrer dans cet habitacle. Il y trouvera un miroir et, en vis à vis, ouvrant sur la chaîne du Sancy, une immense photographie tirée sur un support transparent représentant le site et réalisée par Pierre-Yves Brest six mois auparavant. 

Soudain isolé de l’environnement, le randonneur retrouve sous une forme bidimensionnelle le panorama dont il vient de s’abstraire : autrement dit le paysage y est, au sens littéral du terme, encadré, et, passé le seuil, le visiteur se fait spectateur. Par cette mise à distance subtile parce que partielle, le dispositif de superposition imaginé par l’artiste met à jour la relation que nous entretenons avec le territoire dès lors que nos déplacements s’y conjuguent aux loisirs et plus précisément à la promenade : le plaisir de "marcher dans le tableau".

Car qu’est-ce qu’un parc – fût-il qualifié de "naturel" – si ce n’est le lieu où l’homme exerce un jugement d’esthète, une représentation culturelle ? Parce que notre imaginaire évolue moins vite que nos modes de vie, nous aimons y reconnaître en effet ce que plusieurs siècles de peinture, de dessin, de gravure, de poésie et de récits de voyage ont façonné, c’est-à-dire une sensibilité à des motifs pittoresques, des archétypes qui ont très consciemment déterminé le lieu où l’artiste a posé le trépied de son appareil : l’éperon rocheux, le vallon, la ruine médiévale, etc.

Indéniablement ce "belvédère" a une dimension didactique. Mais, plus encore, il est un prisme où joue la réflexion, où les reflets se mêlent aux références, où nous cédons aux vertiges de la mise en abîme ; une “table de désorientation” en somme.